le papier glacé

J’ai voulu au bar-tabac d’en face
Acheter un livre plein d’audace
Plein de femmes qui sont plus que nues
Avec des airs pas très ingénu
Au comptoir m’attendait la rombière
Qui radotte et qui sent fort la bière
Alors confus, je pointe l’index
Vers un magazine plein de sexe

Mais quand ses doigts boudinés et gras
Pincèrent les seins de la couverture
Soudainement je fus glaçé d’effrois
Et eu honte de mon aventure
Je lui dis non, ce n’est pas c’ui là
Elle me répond « il faudrait savoir »
Je lui ai pris quelques chocolats
Libération, le Monde et France soir

Puis dans mes pénates tout penaud
Je suis retourné comme un nigaud
Quand enfin l’idée d’un plan de guerre
Me vînt pour affronter la mégère :
J’lui dirai soyez dont ma comparse
Chère madame je veux faire une farce
A un monsieur qui est très pausé
Je veux offrir ce journal ôsé

Et me voilà dès le p’’tit matin
Parti pour acheter le bouquin
Mais à la place de la dondon
Il y avait un joli p’tit bouchon
Elle avait les yeux d’une lola
Oh mon Dieu, qu’elle était belle à voir
Je lui ai pris quelques chocolats
Libération, le Monde et France Soir

Puis avec un regard très mouillé
Elle m’a dit « monsieur, il faut payer »
Moi je suis resté comme un pantin
Et je lui ai demandé sa main
Depuis lors mesdames et messieurs
Je ne lis que des bouquins sérieux
Et ma femme, sans être volage
Est bien loin, bien loin d’être une image

Et ma femme, sans être volage
Est bien loin, bien loin d’être une image

(Frédéric Géarard, les chasseurs en Exil)